La déforestation à Madagascar menace les derniers remparts végétaux de la côte Est
La crise continue ; le parc
national de Marojejy demeure toujours fermé au tourisme. Sans
renforcement majeur de la législation, et faisant face à une cupidité
avancée et à une corruption des plus dévastatrices, les forêts de
Marojejy sont condamnées à être pillées.
Des rapports extrêmement
perturbants continuent de nous parvenir en provenance des villages à
l’entrée du parc où il nous est désormais impossible de nous rendre
sans prendre des risques démesurés. Des tonnes et des tonnes de bois de
rose sont coupées dans le Marojejy et dans la région
entière—apparemment à destination de la Chine. Les vandales ont leur
organisation, leurs propres camps dans les abords de la forêt,
perpétuant leurs méfaits au grand jour et devant tout le monde,
menaçant les populations réticentes et achetant le silence des forces
de police locales. La mafia du bois de rose est très puissante, très
dangereuse et très bien organisée ; la tête du réseau se situant comme
d’habitude à Antalaha, ville de tous les vices vis-à-vis de
l’environnement.
Là-dessus, nous avons eu la
malencontreuse mésaventure de découvrir un réseau de trafic de viande
de lémuriens dans la région, basé à Anoviara, sous la houlette d’un
sinistre individu s’imaginant être le propriétaire d’une sylve sans
fin, des bandes armées sillonnent depuis des dizaines d’années les plus
ancestrales forêts—y compris dans la nouvelle aire protégée de
Makira—accompagnées de meutes de chiens dressées et établissent des
campements pour y massacrer toute forme de vie primate. Les viandes,
fumées sur place, sont écoulées dans la région, jusqu’à Tamatave et
même dans la capitale nationale, Antananarivo.
Comme toujours, les plus touchés
dans ces dramatiques circonstances, ce chaos, sont les villageois
reclus dans leurs cases. Pendant ce temps, à Sambava, se déroulent des
manifestations hostiles et hargneuses de gens encourageant au droit de
couper, de récolter et de vendre le bois de rose, les villageois aux
abords du parc sont en état de siège, plus de revenus provenant du
tourisme, plus de devises étrangères, fortement mis sous pression et
sous silence par les réseaux malveillants de la mafia locale. Ces
pauvres gens qui se sont regroupés pour scander d’une seule voie leur
opposition au massacre ont récemment été forcés de se disperser à
l’occasion de semonces tirées en l’air et au-dessus de leurs têtes.
Les populations contribuant à la
coupe de bois risquent leurs vies et sont exploités sans honte par
cette arrogante mafia. Ils reçoivent moins de US$2.50 (2€) par jour
pour transporter dans des conditions inhumaines les troncs tirés du
plus profond de la forêt, ces troncs pèsent entre 100kg jusqu’à plus de
1 tonne (un tronc de 3m et de 1m de diamètre a été pesé à 1.5t à
Sambava). A Antalaha, Sambava ou Vohémar, ces mêmes troncs sont
exportés jusqu’à US$11 (8.50€) le kilo par la mafia local à destination
des profiteurs étrangers (d’où la Chine ressort comme la principale
destination, et de loin, avec près de 100% des chargements à sa
destination).
Les routes en dehors des forêts sont désormais
zébrées de rouge, sombres marques laissées sur le goudron par les
volumes colossaux arrachées à la nature. Les derniers pans de forêts
originelles se répandent en une triste hémorragie comme autant de sang
versé sur le dos du profit sans nom… sans âme… et sans avenir…
Le parc de Masoala est autant concerné, heureusement les infrastructres routieres limitent le pillage ce qui n'est pas le cas du parc Marojejy bénéficiant d'une route goudronnée...
Association generation-masoala.com